Test du jeu Crusader Kings III

Octobre 2019. La Paradox Con de Berlin bat son plein et l’éditeur suédois, Paradox Interactive, annonce ce que tout le monde attend : le troisième épisode de sa série phare Crusader Kings. Résultat d’un développement de quatre longues années, ce nouvel épisode a pour ambition d’amener la licence vers les sommets en n’omettant aucun contenu de Crusader Kings II. Il faut dire que le grand frère remonte à l’année 2012 et que les attentes des stratèges et amateurs de wargame ne sont plus les mêmes. S’il n’a pas l’ambition de révolutionner les préceptes de la série, ce dernier volet pousse l’histoire humaine et tous les à-côtés de la civilisation à un niveau rarement atteint. Cette version consoles était attendue et elle ne déçoit pas.

Une édition console de qualité

Quasiment un an et demi après sa sortie sur PC, Crusader Kings III se glisse jusqu’aux consoles avec la ferme intention d’initier les joueurs à l’univers du wargame. En arrivant sur ces supports, on pouvait légitiment se poser la question de la fluidité des interactions, manette oblige. Car, dans les grandes lignes, le jeu de Paradox Interactive reste diamétralement le même que l’original de 2020. Alors, suffisant pour faire craquer les habitués du paddl et les réfractaires du duo clavier/souris ?

À l’image de la version PC, un passage par le tutoriel est indispensable pour comprendre tous les rouages de Crusader Kings III. Sans détailler l’ensemble des mécaniques, cet entraînement permet de saisir toutes les inconnues qui gravitent autour du duc irlandais Murchad de Briain. Et surtout, il est bien plus clair et lisible que dans les épisodes précédents. Grâce à une aide contextuelle omniprésente et des guides explicatifs, le joueur peut se lancer dans la gestion de sa lignée sans craindre d’être dépassé par les évènements. La force de cette version console réside dans la souplesse de ses commandes et l’aspect plus moderne de son interface. Concrètement, les deux gâchettes arrière de la manette font office de raccourcis et ouvrent l’accès à des roues pour faciliter les actions. Cette approche est parfaitement adaptée aux joueurs console et, il faut bien le dire, fonctionne très bien. En dehors de cela, le système d’onglets est pensé avec intelligence et les sticks permettent, à la fois, de se déplacer dans les menus et d’interagir avec la carte. Et si le joueur est perdu, il suffit d’une simple pression sur le stick droit pour accéder aux suggestions pour progresser.

Lors des affrontements contre d’autres clans, la version PC impose au joueur de gérer ses troupes et ça exige une certaine souplesse dans les commandes. En se coupant du duo clavier/souris, les développeurs savaient qu’ils devaient trouver une alternative et c’est ce qu’ils ont fait en intégrant une intelligence artificielle capable de prendre le relais. Grâce à elle, le vaillant duc peut donner des ordres et adopter une stratégie (agressive, équilibrée ou défensive) qui assureront paix et prospérité à son royaume. Crusader Kings III est ainsi adapté aux manettes et aux grands écrans, mais il est, en plus, pensé pour la next-gen. Sur PlayStation 5, le jeu exploite le retour haptique de la manette DualSense, ce qui complique la tâche (les touches deviennent plus dures) quand le personnage est stressé. Sur Xbox Series X/S, il est possible de revenir au menu d’accueil pour profiter des guides vidéo de la communauté sur Youtube, pour retourner ensuite en jeu. Enfin, chose importante, les chargements profitent des capacités des disques durs SSD et sont très rapides.

De manière générale, les wargames ont souvent été des jeux très austères et dédiés à des connaisseurs. Crusader Kings III a ce mérite d’être adapté à un plus large public, tout en proposant des graphismes agréables, y compris durant les combats. Les chevaliers sont en 3D, la carte utilise des couleurs apaisantes et la direction artistique, dans sa globalité, demeure très réussie. Le joueur navigue ainsi de menu en menu avec un réel plaisir et profite pleinement de l’incroyable diversité du titre et son atmosphère médiévale unique. SI vous voulez en savoir plus, nous vous invitons à lire le test complet de la version originale.

Crusader Kings III : Le jeu médiéval de stratégie réussit sa percée sur PS5 et Xbox Series

À l’image de ses prédécesseurs, Crusader Kings III repose sur un principe accessible à tous : au cœur d’un royaume, le joueur a pour objectif de faire prospérer sa dynastie, génération après génération, en la rendant plus illustre et puissante. La disparition de celle-ci dans l’indifférence la plus totale est synonyme de fin de partie. Sur le papier, vous l’aurez compris, l’idée est assez simple à comprendre. Le problème, c’est que la franchise n’a jamais été un symbole d’esthétique et d’accessibilité. Le contenu est si gargantuesque qu’il en a laissé beaucoup sur la touche, un peu comme des chevaliers partis en croisade et terrassés au détour d’une clairière. On ne parle même pas de l’interface, austère au possible, qui a fait fuir parmi les joueurs les plus tenaces. En s’attaquant à ce troisième épisode, le game designer Henrik Fåhraeus et son équipe savaient qu’ils devaient apporter une aide contextuelle plus importante et des guides plus clairs. En ce sens, Crusader Kings III a une approche plus douce que son prédécesseur en proposant, cette fois, un véritable tutoriel pour apprendre les bases du jeu. Même en étant novice, il est possible d’appréhender les bases pour se lancer pleinement dans la gestion de sa lignée.

La nouvelle croisade

Crusader Kings III : Le jeu médiéval de stratégie réussit sa percée sur PS5 et Xbox Series

Le tutoriel prend place en 1066, au sud de la belle Irlande. Murchad de Brain, duc de Munster, a pour ambition de redorer le blason d’un royaume en perdition. Entre les affaires de cœur, la famille, les relations diplomatiques, les traités, les traîtrises et les complots, jamais le poids d’un trône n’a paru aussi lourd. Pour établir sa lignée et la faire prospérer, le joueur doit apprendre à mesurer chacune de ses décisions et c’est précisément ce que le tutoriel, avec ses guides explicatifs, a pour but de faire comprendre. Crusader Kings III met en avant un nombre faramineux de paramètres que l’on peut découper en plusieurs segments majeurs. Il y a tout d’abord la gestion familiale prenant en compte les histoires de cœur, les mariages (arrangés ou non), l’éducation des enfants et les missions assignées à chacun de vos proches. Viennent ensuite, en second lieu, toute la partie diplomatique et les relations entretenues avec votre peuple, les alliés, les vassaux et les royaumes voisins ou plus lointains. À cela s’ajoutent toute la notion de fortification (bâtiments, hommes d’armes dont l’arrivée des chevaliers) et la constitution d’armées indispensables à la conquête de territoires. Impossible, également, de ne pas parler de l’aspect RPG nettement plus poussé (grâce à un principe de traits de personnalité et un habile système d’arbres de compétences hérité de l’extension Way of Life de Crusader Kings II) ou de la mécanique des religions, issue de l’add-on Holy Fury, qui signe son retour dans une version améliorée. Chaque personnage a sa propre personnalité, ses propres opinions et il est indispensable de s’entourer de fidèles et de conseillers qui œuvrent dans le même sens. Pour terminer, il faut faire face à toute une succession d’évènements aléatoires (maladie, etc.). On comprend ainsi rapidement que la pérennité de la dynastie – qui passe par des décisions cornéliennes – va de pair avec des difficultés quotidiennes. Ne pas garder un œil sur le pouvoir et ce qui l’entoure est la certitude de se faire anéantir. Et cela occasionne des choix difficiles, comme se défaire d’un conseiller envahissant ou même d’un de vos enfants colportant de fausses rumeurs et salissant votre réputation (en général, un petit passage par la pension suffit pour qu’il retrouve le droit chemin). Grâce à ces longues minutes d’apprentissage, on devine ainsi toute la richesse du jeu mais elles ne sont qu’un timide aperçu de ce qui vous attend réellement.

Le monde médiéval est à vous

Crusader Kings III : Le jeu médiéval de stratégie réussit sa percée sur PS5 et Xbox Series

Crusader Kings III offre un terrain de jeu qui s’étend de l’Europe à l’Afrique jusqu’à l’Asie. Après avoir sélectionné l’époque souhaitée (IX ou XIème siècle), il ne reste plus qu’à choisir le souverain à incarner. En fonction du titre de ce dernier (comte, duc, roi, empereur…), les débuts seront plus ou moins difficiles. L’œuvre de Paradox Interactive est indéniablement chronophage et réclame des heures de gouvernance pour cerner tous les tenants et aboutissements d’une partie. Chaque évènement, qu’il soit d’ordre familial ou diplomatique, aura un impact sur la jauge de stress du monarque. Les traits physiques ou de personnalité sont à prendre en compte pour ne pas se retrouver dans des situations qui agissent sur le mental du souverain. Si ce dernier est timide, il est préférable d’éviter les bains de foule par exemple. Chaque partie est une découverte et il faut s’adapter à chacun des individus prenant place sur le trône (et ceux qui l’entourent). Certains seront plus à même de combattre, d’autres seront plus stratèges tandis que d’autres délégueront à outrance. Ce qui est exceptionnel, c’est de gérer une partie pendant plusieurs heures pour se retrouver, à cause d’une mauvaise appréciation (un emprisonnement, un assassinat, un complot, un soldat blessé qui vous en veut, un vassal que vous avez envoyé paître…), dans une situation ubuesque. Dans ce titre, rien n’est écrit, les bases sont là mais nul ne peut anticiper les évènements à venir. Et c’est sans doute là la grande force de Crusader Kings III même si, à force d’expérimentation, on finit par deviner certaines routines d’IA. Durant les assauts, elle a même parfois tendance à dérailler mais on imagine que quelques patchs suffiront pour rééquilibrer tout ça. La qualité de la traduction est également à souligner et c’est un plaisir de réécrire l’histoire du monde.

Moins archaïque, plus ouvert

Terminé les menus interminables et l’aspect un brin fouillis du second volet ! À l’inverse de son prédécesseur, cette troisième itération se veut beaucoup plus agréable, moderne et aérée. Le gap visuel est considérable grâce à une carte superbe, une interface entièrement revue et une myriade de cadres contextuels qui s’insèrent parfaitement dans la nouvelle approche du jeu. Il n’est ainsi pas rare de se faire interpeler par un évènement qui impose un choix crucial et il n’y a plus cette impression d’être noyé dans une avalanche de menus à l’ergonomie perfectible. Crusader Kings III a été poli, peaufiné et pensé dans ses moindres détails. Les développeurs ont fait en sorte de conserver la richesse de la série tout en « compactant » le tout dans des menus d’une grande clarté. Si certains raccourcis seraient les bienvenus, force est de constater qu’on ne se perd plus et que toutes les informations sont accessibles grâce à des icônes habilement placées. En matière d’interface, le titre de Paradox Interactive est tout simplement un cas d’école et on devine sans mal tout le temps qu’il a fallu aux intéressés pour parvenir à ce résultat. L’arrivée des portraits en 3D est une bonne chose avec une modélisation correcte et des petits détails graphiques qui satisferont les habitués de la licence. La partie musicale, quant à elle, est une réussite avec des thèmes qui viennent appuyer les moments de tension.

Crusader Kings III : Le jeu médiéval de stratégie réussit sa percée sur PS5 et Xbox SeriesCrusader Kings III : Le jeu médiéval de stratégie réussit sa percée sur PS5 et Xbox Series

Une politique de DLC différente ?

Crusader Kings III : Le jeu médiéval de stratégie réussit sa percée sur PS5 et Xbox Series

Crusader Kings II a conservé son trône pendant huit ans. Durant ces huit années, les développeurs de Paradox ont littéralement abreuvé la communauté de multiples extensions, chacune répondant à une thématique précise (la gestion de différentes religions, l’extension de la map, l’incarnation d’un personnage historique, etc.). Il y a donc de fortes chances, surtout après avoir touché à Crusader Kings III, qu’il en soit de même pour cet épisode. Cette politique de DLC se ressent parfois durant une partie, comme si certains éléments étaient moins implantés que d’autres. Si les nouveautés sont nombreuses, on remarque néanmoins que certains pans du titre sont moins poussés qu’auparavant (voire carrément absents). Les affrontements, par exemple, auraient mérité d’être plus spectaculaires. On pense également à la gestion des épidémies (Syphilis, Peste Noire…). Il est évident que le jeu va gagner en contenu avec des extensions qui arriveront dans les prochains mois et années. Le studio, par la voix de Henrik Fåhraeus, a tout de même précisé que les add-on seront moins nombreux qu’auparavant et qu’ils seront surtout plus denses. Il n’est donc plus question de partir sur une accumulation de contenus additionnels et c’est clairement une bonne nouvelle tant certaines extensions de Crusader Kings II étaient faiblardes en termes d’ajouts. Pour l’heure, les amatrices et amateurs de wargames teintés de RPG peuvent se rassurer : il y a largement de quoi faire avec ce splendide épisode !

Points forts

  • Réécrire l’Histoire
  • Une refonte visuelle réussie
  • Menus aérés et interface adaptés aux consoles
  • Les portraits en 3D
  • Contenu juste hallucinant
  • Durée de vie illimitée
  • L’aspect RPG et les arbres de compétences
  • La jauge de stress qui apporte de la tension
  • Musique de toute beauté
  • Le Roi est mort, vive le Roi

Points faibles

  • L’intelligence artificielle (notamment ennemi), c’est pas encore ça
  • Un syndrome DLC un peu trop prégnant
  • Certaines mécaniques encore un peu complexes
  • Pas de batailles navales

Gigantesque bac-à-sable médiéval, Crusader Kings III n’a aucun équivalent. D’une profondeur folle, la nouvelle pépite des développeurs suédois de Paradox amène la stratégie et le RPG vers les sommets. À l’exception d’une intelligence artificielle souvent errante et d’une politique de DLC qui ne plaira pas à tout le monde, cet épisode profite d’une interface remarquable, d’un contenu démentiel et d’une approche visuelle beaucoup plus agréable que par le passé. Chaque partie est une découverte et amène à prendre des décisions parfois insoupçonnées. Et pour la première fois, la série dispose d’un tutoriel et de nombreux guides contextuels qui l’ouvrent à un public bien plus large, y compris sur consoles. Sans renier ses origines, Crusader Kings III sublime la franchise et nous amène à lui faire la révérence. Remarquable.

16.5

L’avis des lecteurs
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Profil de Ayden_, Jeuxvideo.com

Par Ayden_, Journaliste jeuxvideo.com

MP

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